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Erdogan et la démocratie : la fin de la ligne du tram

parDemosthenes DAVVETAS, philosophe, ancien conseiller du Premier ministre grec

Articles de la revue France Forum

Erdogan si loin de Schuman…

Les récentes fuites médiatiques sur les positions de l’armée américaine en Syrie (émanant de la diplomatie turque) ne sont pas un hasard : il s’agit d’un épisode de plus de la « guerre » ouverte que la Turquie entretient, à travers les mots et l’économie, avec l’Occident. Les raisons en sont multiples. Mais les deux plus immédiates sont l’indéniable soutien américain et européen aux Kurdes de l’Ouest et la plongée antidémocratique de Recep Tayyip Erdogan.


L’IVRESSE DU POUVOIR. Malgré les efforts du président turc pour que les Kurdes ne fassent pas partie des forces qui expulseraient de Syrie, lors de la phase finale, les combattants d’ISIS, les Américains persistent à les inclure dans les positions les plus importantes de la bataille. Une décision à la fois symbolique et géopolitique. Elle prévoit que les Kurdes seront les « résidents » de l’espace qu’ils sont appelés à conquérir, instaurant ainsi de façon indiscutable les frontières géopolitiques de leur futur État, situé entre l’Irak, la Syrie, l’Iran et la Turquie. Il s’ensuit que, par cette décision, les Américains contribuent à la pirouette antidémocratique du président turc. Son comportement hégémonique a profondément ébranlé la confiance traditionnelle, culturelle, entre son pays et l’Occident.

L’Europe a toutes les raisons de s’inquiéter : Erdogan s’est mis en tête de faire des réfugiés un levier politique. Sur ce point, la responsabilité revient à Angela Merkel qui, voulant résoudre une partie du problème démographique de son pays grâce à la vague migratoire, a pris le risque de mettre en porte-à-faux les valeurs européennes. Elle a utilisé hypocritement l’idéologie moralisante de l’acte d’« humanité » pour attirer un grand nombre de réfugiés et rendre la chose acceptable pour l’Union européenne. C’était compter sans la Turquie. Cette dernière ne se comportait pas avec les réfugiés comme les autres pays mitoyens de la Syrie tels que le Liban ou la Jordanie, qui ont tenté de gérer la crise migratoire avec logique et réalisme. Erdogan, au contraire, s’est lancé dans un chantage. Signant, en mars, un accord avec l’Union européenne pour contenir la vague d’immigration, il n’a pas fait ce geste sans demander de contreparties :...

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