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Europe : avis de tempête ?

parFrançois LAFOND, conseiller Europe de l'institut Jean Lecanuet, enseignant à Sciences-Po

Articles de la revue France Forum

L'Europe est de retour.

Cela fait plus d’une année que le président de la République, Emmanuel Macron, a entrepris un travail qu’aucun de ses récents prédécesseurs n’avaient su ou osé réaliser. Avant même son élection du 7 mai 2017, il brandissait déjà fièrement le concept de « souveraineté européenne » qu’il ne cesse depuis de décliner par petites touches. Le cap est fixé : expliquer pourquoi l’Union européenne est indispensable à la France, non plus seulement comme relique post-guerrière à vénérer, mais comme assurance vie pour nos enfants. Dans un contexte international instable, imprédictible, qui exalte les nationalismes – réponses faciles aux légitimes inquiétudes des citoyens –, le président français fait figure d’exception. Prôner le post-nationalisme, même en mode zen et optimiste, lui a permis de se forger rapidement l’image d’un président européen, source d’inspiration pour certains, de respect pour d’autres.

L’orientation est claire, généreuse, comme une évidence logique et souvent imparable. Faire avancer l’Europe ou, dit autrement, repenser « la grammaire d’action qui est collectivement la nôtre ». L’horizon bien compris est la préparation du premier test électoral national que le président français aura à affronter le 26 mai 2019 avec le renouvellement du Parlement européen. Inutile de rappeler que, lors du précédent scrutin européen, le premier parti en France était le Front national avec près de 25 % des votes, tandis que seulement 42 % des Français s’étaient déplacés aux urnes.

Emmanuel Macron sera-t-il en mesure de convaincre du bien-fondé de son choix et de l’orientation de sa présidence, initiée symboliquement à la pyramide du Louvre et accompagnée par Beethoven ? Le double exercice, la « Grande marche européenne » et les « consultations citoyennes », est la première réponse méthodique pour préparer cette échéance. Il s’agit d’écouter et de consulter les Français sur leur perception de l’Europe et sur son avenir. Les élus locaux ou nationaux sont mis à contribution pour dialoguer avec les Français, faire de la pédagogie et mettre en œuvre la théorie d’Habermas sur la démocratie délibérative : pour prendre une bonne décision, encore faut-il que les citoyens soient correctement informés. Au temps du Front national et des fake news, ce n’est pas une mince affaire !

D’autant que, si le président français est parvenu à mobiliser ses homologues lors du Conseil européen de mars pour que cet exercice des « consultations citoyennes » puisse être effectué partout en Europe, l’instrumentalisation qui pourrait en être faite en Hongrie, en Pologne ou ailleurs sera très certainement un obstacle considérable au travail de synthèse qui sera présenté lors du Conseil de décembre 2018.

Plus encore, la Commission européenne n’aura pas été l’alliée espérée. Loin de là. Considérant avoir déjà réfléchi au futur de l’Europe à l’issue du référendum britannique, avec ses cinq scénarios (dimension sociale, maîtrise de la mondialisation, approfondissement de l’Union européenne monétaire, avenir de la défense européenne, avenir des finances), la présidence Juncker estime que cet exercice de consultation constitue une perte de temps et d’énergie. Sans doute pressent-elle que ce qui pourrait sortir de cet exercice démocratique n’ira pas forcément dans son sens. La nécessaire poursuite de la différenciation de l’Union, la discussion du prochain cadre financier pluriannuel et l’inévitable toilettage institutionnel qui émergeront vraisemblablement de cette séquence laissent augurer une amplification des divergences avec la Commission européenne. D’autant que le « Selmayr-Gate » affaiblit inutilement et bêtement celle-ci, justifiant de facto d’indispensables changements à Bruxelles. La campagne électorale n’a pas encore commencé, mais les lignes de fracture sont déjà à l’œuvre.

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