By Chairman of the Joint Chiefs of Staff (originally posted to Flickr as Google Food) [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)]

La sécurité européenne, en marche, elle aussi !

parFrançois LAFOND, conseiller Europe de l'institut Jean Lecanuet, enseignant à Sciences-Po

Articles de la revue France Forum

Parmi les nombreuses images utilisées pour nourrir la rétrospective de l’année 2017, l’élection du président français, Emmanuel Macron, figure en très bonne place. 

Bien des raisons pourraient être invoquées pour justifier cette position, celle retenue se limitera à sa conviction européenne. L’Europe, une ambition qui « doit être la nôtre », peut déjà être considérée comme l’un des piliers structurants de la présidence Macron. Au fil de ses prises de parole, il n’y a plus le moindre doute : France is back dans le jeu européen et nos partenaires en sont même convaincus.

Le contexte international favorise fortement ce nouveau dynamisme, qui se traduit par une série d’initiatives dans le domaine de la sécurité au sens large et, en particulier, en matière de défense. Paradoxalement, la France, dont la branche législative avait enterré la Communauté européenne de défense (CED) en 1954, donne une nouvelle impulsion – avec la complicité intelligente de la vice-présidente de la Commission européenne, haute représentante pour la politique de sécurité, Federica Mogherini – à la mise en place des éléments d’une sécurité européenne commune, plus intégrée. Intransigeant gardien d’une « relation spéciale » avec les Etats-Unis, qui n’en n’est néanmoins plus une depuis longtemps, le Royaume-Uni s’est montré jusqu’à présent farouchement rétif à toute autonomisation, même embryonnaire, de l’Europe de la défense sous prétexte de doublon inutile avec l’Alliance atlantique.

À Paris, dans la lignée de son prédécesseur socialiste, le président Emmanuel Macron attend aussi peut-être de cette nouvelle proposition d’intégration accrue un effet d’aubaine, à la fois pour témoigner de sa détermination politique à lutter plus efficacement contre le terrorisme islamiste et pour renforcer les capacités militaires françaises, plus en mesure de lutter seules ou presque, dans le Sahel malien en particulier. À Bruxelles, il s’agit de donner de la chair et des muscles au document décrivant la « stratégie globale ». Dévoilée et adoptée en catimini par les Etats membres lors du Conseil européen de juin 2016 (abasourdis par le résultat du référendum britannique), elle vise à favoriser les investissements en matière de défense et à permettre aux Etats plus dynamiques de lancer une coopération renforcée (la Coopération structurée permanente). C’est finalement 25 Etats qui ont décidé d’y participer, laissant de côté le Royaume-Uni, le Danemark et Malte.

Concrètement, les Etats promoteurs de ce nouvel exemple de différentiation se sont mis d’accord sur une liste d’engagements communs (17 initialement) pour offrir à l’Union européenne, à terme, une « autonomie stratégique ». Dépassant enfin le stade du wishful thinking, celle-ci se traduira par le développement des capacités d’intervention en fonction des nouveaux défis posés à la sécurité collective. Ce que la France a su développer, ou presque, depuis la volonté gaullienne d’indépendance se verra donc transposé au niveau de l’UE. Cette nouvelle dynamique, aidée en cela par l’initiative de la Commission européenne de création d’un Fonds européen de la défense, éveille des espoirs quant à sa capacité d’aboutir, cette fois, à des résultats propices à une amélioration et une rationalisation de la défense collective en Europe. L’autonomie stratégique de l’UE est donc en marche et sur la bonne voie ! 

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