FF 61 - Visuel LE GALL - PANORAMA

Le dictionnaire du sens interdit - Étouffoir et Avenir

parAndré LE GALL, écrivain

Articles de la revue France Forum

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ÉTOUFFOIR (LOIS DE L’) (suite). La machine à fabriquer les délits d’opinion fonctionne à plein rendement. Année après année, la chape de plomb sous laquelle s’asphyxient la liberté de penser et celle de s’exprimer s’appesantit. Le dernier attentat vient d’être porté par l’article 25 de la loi du 4 août 2014 sur l’égalité hommes-femmes, qui a modifié le libellé de l’article 2223-2 du code de la santé publique définissant l’infraction dite d’entrave à l’avortement, infraction punie de deux ans de prison et d’une forte amende. Désormais, le délit s’étend à l’information. Or, l’incrimination pénale est elle-même définie en termes tellement vagues (« pressions morales et psychologiques… », « tout acte d’intimidation… ») que la voie est ouverte aux interprétations judiciaires les plus répressives, les plus contraires à la libre expression des convictions si fondées soient-elles. Un message unique sur une unique fréquence, c’est ce que l’on veut nous imposer. Ce que signifie cette pratique légale de l’intimidation pénale, c’est la volonté d’en finir avec la clause de conscience et, au-delà, avec la liberté de l’esprit.

AVENIR (L’) (suite). L’irruption sur nos écrans des abominations de l’État islamique en Irak et au Levant aura eu au moins le mérite de nous jeter à la figure l’image sanglante de l’un de nos avenirs possibles. En 1941, l’avenir avait les traits du nazisme hitlérien. Une demi-douzaine d’années plus tard, c’était au tour du communisme soviétique de se revendiquer comme l’expression du sens de l’Histoire. Une guerre totale nous a délivrés du premier cauchemar, au prix d’un ravage sans précédent des nations européennes. Une ferme résistance de quatre décennies a fait voler en éclats le deuxième, à la stupeur des compagnons de route qui avaient fait de ce cauchemar leur espoir ou qui s’y étaient simplement résignés par esprit de collaboration. Ces précédents historiques suffisent à prouver que la noire vision vomie par le volcan mésopotamien n’a pas nécessairement l’avenir pour elle. Ils suffisent aussi à montrer que la confrontation peut encore durer longtemps, très longtemps, avec l’impératif moral de ne pas laisser les moyens trahir la fin et l’obligation de proscrire les amalgames contraires à l’équité. La vision va de métamorphose en métamorphose. Elle vit de ses rivalités et de ses surenchères. Avec l’État islamique, elle se révèle en son intrinsèque horreur : décapitation en direct sur le net, crucifixion et pendaison de cadavres sur les places publiques, massacre de populations conquises à raison de leur appartenance religieuse, enlèvement de femmes et de jeunes filles chrétiennes ou yézidies comme butin de guerre, pillage des biens abandonnés, destruction d’églises et de mausolées ; cette menace qui s’est abattue sur d’antiques communautés moyennes-orientales pèse mortellement sur l’Europe. Écoutons ce qu’on nous dit. « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen… Tuez-le de n’importe quelle manière.» Si l’on ne dispose pas d’engin explosif ou de munitions, ça ne fait rien : il suffira d’isoler l’Américain ou le Français. « Écrasez-lui la tête à coups de pierres, égorgez-le avec un couteau… Étranglez-le… » Passons sur les détails techniques, on voit l’idée générale. Le projet est planétaire. «Après la Syrie, on va s’occuper de l’Espagne, de la Yougoslavie, d’Israël, évidemment, et de la France. Et on ne va pas attendre d’être majoritaires pour s’en emparer. » Fantasmes ? Peut-être. Peut-être pas. Mein Kampf aussi était rempli de fantasmes assez peu crédibles vers 1925.

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