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Le message de Saint-Ex

parJérôme BESNARD

Articles de la revue France Forum

Normalien, musicologue, Sylvain Fort fait également partie des plumes du nouveau président de la République, Emmanuel Macron.

La prose de l’auteur apparaît, pourtant, assez éloignée de l’économisme austère du fondateur de La République en Marche. C’est du moins la forte impression que dégage son lumineux essai, Saint-Exupéry Paraclet, sur l’actualité du message de Antoine de Saint-Exupéry.

Explorateur solitaire de la première moitié du XXe siècle, l’auteur du Petit Prince est un « enfant du désastre », celui d’un temps qui vit germer les expériences totalitaires. L’angoisse existentielle qui s’empare de Saint-Ex face à une époque livrée à la seule rationalité scientifique le rapproche, aux yeux de Sylvain Fort, de l’auteur du Journal d’un curé de campagne : « Dans ce combat pour une humanité qui assume son lot d’humain et ne se résigne pas à la langueur délétère des jours, il rencontre Bernanos. » Cette angoisse est productrice de sens, à l’opposé de l’œuvre d’un Louis-Ferdinand Céline, par exemple.

Rétif à toute idéologie, notre littérateur ailé délivre tout au long de son œuvre interrompue un témoignage porteur de sens : « Saint-Exupéry n’est pas mort pour une France abstraite. Il est mort pour une France dont la liberté reconquise aurait permis le grandissement moral. » « La liberté pour quoi faire ? », interrogera d’ailleurs Bernanos après-guerre comme aurait pu le faire Saint-Ex si le destin n’en avait décidé autrement le 31 juillet 1944 au-dessus de la Méditerranée. Ces deux intellectuels majeurs de la France libre (quoique Saint-Ex ne fut jamais gaulliste) espéraient voir se dresser leur pays contre le triomphe annoncé des robots. Le pilote moraliste est mort pour la France bien sûr, mais aussi pour un absolu dépassant de beaucoup le simple patriotisme. En cela, on le rapprochera de deux autres aventuriers de sa génération, aux destins fracassés et, comme lui, réfractaires aux sirènes du communisme : Jean Mermoz et le navigateur solitaire Alain Gerbault.

On sait que l’auteur de Vol de nuit, ancien élève des jésuites, avait perdu, on ne sait trop comment, la foi catholique de son enfance : « Saint-Exupéry dans le domaine spirituel est un déraciné. » De fait, il n’y a chez lui « nulle aspiration à la sainteté ». Il se contente d’être le témoin torturé des horreurs et des renoncements du temps. Son humanisme privé de Dieu interroge néanmoins le tréfonds de l’âme de ses lecteurs. Son exceptionnelle singularité humaine lui donne accès à l’universel.

Comme le philosophe Pierre Boutang en son temps, Sylvain Fort souligne l’importance du livre inachevé et trop ignoré de Saint-Exupéry, Citadelle. Folle entreprise spiritualiste que cette œuvre révélant une réelle tentation philosophique dans le but d’apporter une réponse audible aux malheurs et aux douleurs du temps. Oiseau blessé, heurté par le déploiement de la technique moderne, Saint-Ex est un des rejetons les plus remarquables de cette droite imaginaire dont le premier représentant demeure Chateaubriand. 


Saint-Exupéry Paraclet,
« Pièce d’écriture », Pierre-Guillaume de Roux,
2017 –15 €
 
 

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