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Le parti communiste chinois et l'Eglise catholique

parBenoit VERMANDER, s.j., professeur à l'université Fudan (Shanghai)

Articles de la revue France Forum

Les négociations entre la Chine et le Saint-Siège en vue de normaliser le processus de désignation des évêques sont a priori en bonne voie.

C’est moins du contenu de l’accord que du contexte dans lequel il s’insère dont il est question ici.

De Benoît XVI à François, existe une continuité que les commentateurs ne relèvent généralement pas : une lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois de 2007 appelait explicitement à « la reprise d’un dialogue entre le Saint-Siège et les autorités chinoises, reconnaissant que, dans la vie de l’Église, il ne devrait pas être considéré comme normal de se trouver "dans la clandestinité". » Le dialogue que Benoît XVI appelait de ses vœux a donc repris en 2014 et plusieurs sessions de discussion ont pris place, sur la base du pragmatisme et du discernement, de sorte que « dans l’application de principes généraux à des situations concrètes, des circonstances et des aspects particuliers soient pris en compte pour arriver à une évaluation globale plus appropriée des attitudes à adopter et des décisions à prendre1 ».

Nombre d’évêques et de prêtres chinois encouragent François à un « réalisme sain2 ». En d’autres termes, la majorité des responsables ecclésiaux chinois souhaitent la signature d’un accord. Les adversaires de François n’en ont pas moins des relais en Chine même, surtout dans l’Église clandestine, et une frange des catholiques chinois est poussée à voir les ouvertures de François comme une « trahison » des combats passés. Ces lignes de fracture sont sourdes, mais réelles.

Malgré le bon avancement des discussions techniques, la confiance n’a pas encore été tout à fait établie. Le passif reste lourd et les inquiétudes vives quant à la portée de l’accord, d’un côté comme de l’autre. L’exigence de sinisation des religions agitée par le gouvernement chinois introduit une pression supplémentaire. Le Vatican aurait de bonnes raisons d’être inquiet devant la perspective d’un accord procédural qui serait signé au moment même où la politique de « sinisation » se traduirait par un contrôle idéologique de plus en plus accentué. Une pression est déjà exercée sur les organisations officielles (séminaires, leadership du clergé) pour qu’elles adaptent leurs enseignements aux réalités d’une Chine devenue « État fort » (qiang guo) – et pas seulement « grande nation » (da guo) – qui doit définitivement se libérer de tout « système de valeurs » (jiazhiguan) d’origine étrangère.

En d’autres termes, il est possible que trop d’attention ait été portée par les deux parties aux négociations concernant les dispositions légales et procédurales, et pas encore assez à des débats de fond et à des initiatives favorisant la construction de la confiance. Pourtant, le catholicisme dispose d’une longue tradition d’engagement avec le confucianisme et la culture chinoise, qui lui permettrait d’aborder positivement certains des thèmes développés par la « pensée Xi Jinping pour une nouvelle ère ». Les désaccords sont inévitables, mais la relation Chine-Vatican ne saurait être laissée aux seuls diplomates ; elle est de l’ordre d’une reconstruction culturelle.

Le pari chinois de François pourrait contribuer à assouplir à la marge le contrôle que le gouvernement chinois exerce sur l’ensemble de la société civile. Il est possible, mais pas encore certain, qu’un accord permette finalement à l’Église catholique chinoise de reconstruire une unité et d’acquérir une marge de liberté qui, à terme, serait bénéfique à la société civile dans son ensemble et à ses expressions chrétiennes en particulier.

 

 


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1. Federico Lombardi, « Verso una Cina Pienamente Cinese e Pienamente Cattolica », La Civilta Cattolica, n° 4017, 4 novembre 2017, pp. 209- 222. 
2. « The Church and the Chinese Government: an Interview with Fr. Joseph Shih », Antonio Spadaro, sj. https://laciviltacattolica.com/free-article/the-church- and-the-chinese-government-an-interview-with-fr-joseph-shih/ Interview avec l’évêque de Haimen, Mgr Shen bin. http://www. lastampa.it/2017/10/02/vaticaninsider/eng/inquiries-and-interviews/ shen-bin-in-china-nobody-wants-a-church-separated-from-the-pope- 3aCQ1jBCy3IxMDzqApCd0I/pagina.html 

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