"Les Israéliens se trouvent bel et bien à un carrefour"

parAlvaro de SOTO, ambassadeur du Pérou en France
17 Mars 2015
Actualité

L’institut Jean Lecanuet a rencontré Alvaro de Soto pour évoquer les prochaines élections en Israël.

Institut Jean Lecanuet. – Quelles conclusions pouvons-nous tirer des récentes actions de l’Autorité palestinienne sur la scène internationale (Unesco, Assemblée générale de l’Onu, Cour pénale internationale) et des réactions d’Israël à ce sujet ?

Alvaro de Soto. – J’ai l’impression que l’OLP cherche avec un certain désespoir à provoquer une issue, alors qu’elle ne trouve pas, par les moyens choisis jusqu’à maintenant, satisfaction à sa demande légitime. Dans un certain sens, la réaction d’Israël arrive au bon moment puisque des élections se tiendront prochainement et que l’OLP a ainsi réussi à poser le problème. Les Israéliens se trouvent bel et bien à un carrefour où ils peuvent choisir entre une voie qui consiste à continuer sur le chemin d’un Israël forteresse, fermé à l’option d’un état palestinien, ou celle de la recherche sérieuse d’une solution de deux états. C’est, disons-le, la dernière chance pour celle-ci.

IJL. – Quelles postures le Quartet devrait-il adopter pour encourager la reprise des négociations ?

ADS. – Je suis un peu sceptique quant à la capacité d’action du Quartet. Il travaille sur la base du dénominateur commun le plus bas possible. Et, dans ce cas, ce sont surtout les états-Unis qui fixent leur position. Le Quartet va se réunir prochainement. C’est un moment difficile car il se trouve confronté à une situation compliquée avec la prise de position des Palestiniens qui le placent au pied du mur. Il est évidemment en faveur de la solution de deux états, qui est sa raison d’être. Mais, n’ayant pas réussi à l’obtenir, que va-t-il décider ? La seule réaction constructive serait de faire un effort afin qu’Israël soit confronté à ses responsabilités. Il y a une iniquité de fond. On demande aux Palestiniens de négocier avec Israël la constitution d’un état, mais a-t-on posé à ce dernier la même condition quand il a créé le sien ? L’OLP cherche à provoquer une situation dans laquelle nous aurons deux états, avec des frontières incertaines, indéfinies. C’est une situation étrange en droit international.

IJL. – Quelles mesures prioritaires faudrait-il adopter pour rétablir la sécurité et améliorer la situation humanitaire dans la région ?

ADS. – Tout d’abord, il faudrait qu’Israël respecte ce qu’il a accepté dans le protocole de Paris dans le cadre des accords d’Oslo, c’est-à-dire permettre aux Palestiniens eux-mêmes de maintenir leur propre sécurité, au sens le plus large du terme. Ce n’est pas uniquement une question de sécurité physique, mais également alimentaire. Par exemple, la première réaction d’Israël fut d’arrêter le transfert des impôts collectés sur les produits d’exportation et d’importation palestiniens. C’est, par définition, de l’argent palestinien. Israël ne peut arrêter cela unilatéralement et ce n’est pas la première fois, hélas, qu’il viole un accord existant soi-disant pour protéger ce qu’il croit être son droit. C’est une situation indigne et inacceptable à laquelle les Israéliens doivent mettre fin. Cela permettra d’éviter la dissolution de l’Autorité palestinienne. Nous y arriverons presque inévitablement si nous ne trouvons pas de solution et ainsi à la fin de l’ère Oslo. Si cela échoue, ce sera le moment de penser à d’autres options, mais je n’en vois pas beaucoup.

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