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Paroles nouvelles pour temps de crises

parBenoit VERMANDER, s.j., professeur à l'université Fudan (Shanghai)

Articles de la revue France Forum

À monde global, parole globale. Mais qui pour la prendre ?

Nous ne sommes pas seulement en récession, nous ne vivons pas seulement une période de crise, nous affrontons des temps de crises. Leur complexité et leur imbrication constituent une donnée intégrante du défi rencontré par la communauté mondiale en ce moment de son histoire : crises du système financier mondial, du réchauffement climatique, des ressources naturelles, de la diversité culturelle, de la grande pauvreté, des migrations et de la gouvernance mondiale… Toutes ces crises font système, rétroagissent l’une sur l’autre. Elles exigent qu’une parole globale soit pensée et articulée pour affronter en vérité l’ensemble et chacune de ces crises.

Certes, des solutions techniques doivent être définies et appliquées pour chaque défi particulier. Mais, lorsque leurs interactions ne sont pas prises en considération, les problèmes qu’on croyait résolus ressurgissent avec plus d’acuité encore : déjà, après l’alerte de la crise financière asiatique et de la « bulle » Internet, aux alentours de l’an 2000, les économistes se flattaient de si bien comprendre le système international qu’une récession n’était plus même envisageable…. L’inattention à l’éthique (épuisement de nos « ressources culturelles ») et l’excessive dérégulation (signe d’un déficit de la gouvernance mondiale) sont venues rompre cette belle assurance.

Une parole adressée à l’ensemble de l’humanité est aussi une parole qui concerne toutes les dimensions de l’homme – l’éthique, l’économique, le culturel, le social –, une parole qui incite l’homme à mieux se comprendre lui-même, dans sa nature et son histoire, comme un individu, mais aussi comme un membre d’une espèce qui poursuit une aventure incertaine.

De ce point de vue, l’une des dimensions des crises que nous traversons est peut-être la discrétion, voire l’absence d’une telle parole – la démission des responsables. Mais que devrait être une parole nouvelle pour nos temps de crises ? Il me semble qu’elle devrait d’abord être inspirée par un optimisme résolu fondé sur deux raisons : la première, c’est l’inventaire de toutes les ressources qui sont celles de l’humanité, ressources proportionnelles au gigantisme des défis – mais ressources, elles aussi, gigantesques donc. Ressources spirituelles, scientifiques et culturelles… Pareil inventaire est rarement dressé et devient par lui-même acte de confiance en l’homme. La seconde raison pour fonder un paradoxal optimisme tient dans le constat de la conscience accrue que l’humanité a d’elle-même : jamais l’autoperception de notre espèce comme communauté de destin, partageant mêmes menaces et mêmes atouts, n’a été aussi aiguë, n’a fondé à ce point une volonté commune, des formes nouvelles de concertation et d’action.

Face aux crises de l’humanité, la parole qu’il nous faut trouver et partager est donc d’abord d’optimisme et d’espérance. Elle devrait être aussi un appel accru à la responsabilité individuelle : la crise financière a d’abord été ancrée dans un manque de repère éthique et, disons-le, un « péché par omission » de tous ceux qui ont préféré fermer les yeux devant l’emballement des choses. Une parole nouvelle pourra alors être appel au rassemblement. Face aux crises de l’humanité, la ressource la plus précieuse à mobiliser, ce n’est pas un savoir donné, c’est plutôt la capacité à partager et à croiser les sagesses, les expériences spirituelles, les intuitions surgies et mises en oeuvre dans les lieux les plus inattendus. Puisse donc la parole des responsables – responsables locaux, nationaux, européens, celle des intellectuels et des leaders religieux aussi – se faire plus forte et plus audible, ancrée dans l’optimisme, le rappel de notre exigeante liberté et la célébration de la diversité d’une humanité qui ne devient une que dans un respect et un vouloir partagés et sans cesse approfondis. 

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