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Retrouver notre âme européenne

parFrançois LAFOND, conseiller Europe de l'institut Jean Lecanuet, enseignant à Sciences-Po

Articles de la revue France Forum

À la mi-septembre 2017, leur nombre s’élevait déjà à 2 542.

 En 2016, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en dénombrait 5 143 alors qu’en 2015 le chiffre était de 3 770. L’année précédente, quelque 3 200, après les 700 de 2013. Ce décompte macabre de personnes mortes en tentant de rejoindre le continent européen par la Méditerranée devrait demeurer ancré dans toute réflexion politique, nationale ou européenne. Déjà la photo du garçonnet kurde de 3 ans, Aylan, découvert noyé sur une plage turque, avait à juste titre choqué les esprits. Une image symbolique alors que tant d’autres, dont son frère, sans visage, sans nom, ont coulé, assombrissant en silence un pan de notre prétendue humanité.

Deux ans après, qui s’en souvient ? A-t-on trouvé le moyen d’éviter que la Méditerranée, berceau de la civilisation européenne, ne continue d’être une facile, mais honteuse, sépulture d’espoirs de vie meilleure, aléatoirement brisés ? Cela aurait dû pousser les États membres à agir rapidement pour mieux maîtriser leurs frontières extérieures, mais surtout éviter ce trafic d’êtres humains et élaborer de nouvelles règles communes pour les demandeurs d’asile comme pour les migrants économiques.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, constatait, lors de son discours sur l’état de l’Union de septembre 2017, combien « l’Italie sauve l’honneur de l’Europe en Méditerranée ». Certes, comme la Grèce, l’Allemagne et la Suède. Cependant, la lenteur des progrès effectués laisse douter de notre capacité à mettre en pratique nos valeurs, si souvent brandies et gravées dans les premiers articles des traités européens. Respecter la dignité humaine, les droits de l’homme, devrait être notre cap quotidien, pas uniquement la ligne d’horizon s’éloignant au gré des vents. Au sein de l’Union, la solidarité ne serait-elle finalement qu’une variable dépendante et imperméable au respect de l’État de droit ?

Après deux années de remise en cause partielle de l’espace Schengen, de retour des contrôles aux frontières (prévu par les traités), de vociférations apocalyptiques des partis nationalistes et démagogiques, la pression migratoire continue de fragiliser nos pays, faute d’une réelle européanisation de nos politiques.

Quelques signes d’amélioration indiquent qu’une fois encore une « crise européenne » aura déclenché un sursaut pour tenter de reprendre le contrôle de la situation. Peut-on parler d’européanisation ? Si peu ! La montée en puissance de l’Agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes (Frontex), avec un budget de 120 millions d’euros, un corps de 1 700 hommes déployés en Espagne, en Italie, en Grèce et en Bulgarie en soutien aux douaniers nationaux, d’une part, et les accords avec la Turquie, le Niger, le Tchad, d’autre part, amorcent la bonne direction. Tout comme la prorogation jusqu’à la fin de l’année 2018 du mandat de l’opération navale Sophia (EUNAVFOR MED) lancée par l’UE, en juin 2015, pour démanteler le modèle économique des passeurs et des trafiquants en Méditerranée centrale. Mais peut-on sérieusement s’en contenter ?

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