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L’effacement de l’islam ouïghour face à l’Etat sécuritaire au Xinjiang

parRémi CASTETS, maître de conférences à l’université Bordeaux Montaigne

Articles de la revue France Forum

Un contexte répressif qui met en lumière les évolutions du modèle de contrôle social chinois.

La République populaire de Chine compte un peu plus de 11 millions d’Ouïghours. Ils vivent principalement au Xinjiang, un territoire centrasiatique conquis au milieu du XVIIIe siècle. Cette région désertique regorge d’hydrocarbures et occupe une position stratégique sur les nouvelles routes de la soie. Pour autant, les populations de ces espaces en voie de colonisation démographique1 se sont maintes fois soulevées au nom d’une identité religieuse ou nationale difficilement soluble dans la sinité.

Jusqu’au XXe siècle, le soufisme et ses grands maîtres jouent un rôle clé dans le champ social, mais aussi politique. Néanmoins à partir de cette époque, un panturquisme teinté de réformisme musulman et un socialisme prosoviétique teinté de nationalisme se diffusent au sein des élites. Au fil du XXe siècle, les forces politiques chinoises qui se succèdent à l’échelon provincial et national tentent à diverses reprises de lutter contre l’indépendantisme et la politisation du clergé jusqu’à ce que le Parti communiste chinois (PCC) décide de faire table rase des oppositions.


L’APPROCHE DU PCC ENVERS L’ISLAM OUÏGHOUR. À partir de 1949, le PCC élimine progressivement du champ politique et social les individus qui défendent un modèle national ou sociopolitique différent du sien. Au départ relativement tolérantes avec l’islam, les autorités chinoises finissent par s’y attaquer. Une partie des élites islamiques est proche des cercles panturquistes. Pékin craint, par ailleurs, que l’influence des imams ou les valeurs islamiques fragilisent l’autorité du parti et les réformes socioculturelles qu’il défend. La vie des familles est de plus en plus contrôlée avec la mise en place des communes populaires. Alors que sont lancées, à l’initiative de Mao, les purges du mouvement antidroitier, la pratique de l’islam est peu à peu considérée comme réactionnaire. Elle va jusqu’à être réprimée sans merci durant la révolution culturelle.

Les réformateurs qui, avec Deng Xiaoping, reprennent en main l’appareil d’Etat durant la période de réforme et d’ouverture ouvrent la voie à une décennie de relative tolérance. C’est le début d’un vaste mouvement de revitalisation de l’identité culturelle et religieuse des Ouïghours. Il durera une dizaine d’années. Les étudiants anticolonialistes manifestent sur les campus des grandes oasis. Au sud, dans les écoles coraniques, de plus en plus d’étudiants en religion commencent à prêcher la mise en place d’un ordre social régulé par les principes et les valeurs islamiques.

Quand les conservateurs s’imposent au sein de l’appareil d’Etat après les événements de la place Tiananmen, ils décident de reprendre en main la région. Ils considèrent qu’il faut s’attaquer aux représentations et aux discours remettant en cause l’autorité du parti et son modèle de modernisation sociale. Vecteur de valeurs différentes et, à partir de là, d’une...

 


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1. Les Hans (chinois ethniques) sont, aujourd’hui, plus 10 millions dans une région du Xinjiang comptant 25 millions d’habitants.

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