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Prochain test de l'Union européenne : les Balkans

parFrançois LAFOND, conseiller Europe de l'institut Jean Lecanuet, enseignant à Sciences-Po

Articles de la revue France Forum

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À la veille des élections allemandes et en attendant les premières réformes voulues par le nouveau président de la République française, Emmanuel Macron, il est désormais admis que l’Union européenne (UE) est appelée à évoluer – à être refondée pour certains –, avec comme perspective une différenciation plus affirmée. Au sein de l’Union, des sous-ensembles se renforceront, se multiplieront, se diversifieront à l’image de la zone euro, de l’espace Schengen et des coopérations renforcées déjà existantes, dont la dernière, dans le domaine de la défense, a été lancée lors du Conseil européen des 22 et 23 juin avec la Coopération structurée permanente.

Les réflexions qui préfigureront la nouvelle « constellation européenne » des années 2020 devront aussi donner une nouvelle impulsion et une orientation plus précise aux six pays des Balkans qui dérivent vers des futurs bien incertains. Le souvenir encore vivace de déchirements ethniques meurtriers et les nationalismes de nouveau vigoureux pourraient rapidement provoquer un test de solidarité au coeur même du continent européen.

C’est pourquoi la Commission européenne est en dialogue permanent avec la Serbie et le Monténégro (négociations d’adhésion en cours), comme avec l’Albanie et l’ancienne République yougoslave de Macédoine (pays candidats en phase de pré-adhésion) ou la Bosnie- Herzégovine et le Kosovo (pays candidats). Pourtant, chacun de ces pays pose un problème spécifique qu’il s’agisse de son existence et de sa reconnaissance internationale par certains des membres de l’UE (le Kosovo), de l’acceptation de son nom (l’ancienne République yougoslave de Macédoine, la Grèce s’opposant à l’utilisation de l’appellation d’une de ses régions), de la coexistence pacifique de communautés et de minorités dans une mosaïque aux frontières longtemps fluctuantes.

Malgré les efforts fournis par les institutions européennes, notamment par la mise en place de partenariats spécifiques, ces pays ne réunissent pas encore les critères politiques indispensables pour adhérer à l’UE (des institutions stables, l’État de droit, un fonctionnement démocratique, le respect des droits de l’homme, la protection des minorités), ni même certains des critères économiques.

Si dès le début de son mandat, la volonté affichée du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de procéder à une pause en matière d’élargissement a été saluée par la plupart des observateurs, le principal effet pervers de cette annonce a été de limer la force attractive de l’adhésion prochaine, de saper la capacité transformative de l’UE. Car l’un des succès tangibles du projet européen, en dépit de difficultés actuelles et passagères en Hongrie et en Pologne, a bien été de mener, en s’élargissant, une politique de promotion de la démocratie, garantissant principalement par la force du droit un réel parcours démocratique, certes conditionné, mais stabilisant, pacificateur et source d’une amélioration du bien-être de ses citoyens.

Il est, par conséquent, urgent d’offrir aux Balkans une perspective sérieuse, quitte à ce que la nouvelle « constellation européenne » innove et propose des formes d’implication tout aussi gratifiantes que l’adhésion immédiate. En parler, en France notamment, serait déjà le signe d’une prise de conscience plus que bienvenue ! 

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