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Nouvelles routes de la soie : un projet pour le siècle

parJean-Pierre RAFFARIN, ancien Premier ministre, président de la Fondation prospective et innovation

Articles de la revue France Forum

Les habits neufs et les idées neuves du président Xi Jinping. 

La route de la soie a vu, pendant des siècles, circuler les hommes, les marchandises et les idées. C’est en 2013 que le président chinois Xi Jinping a choisi de la relancer avec l’« Initiative des nouvelles routes de la soie ». Cela démontre combien cette idée ancienne de coopération humaine, économique et culturelle, est également une idée neuve. Les nouvelles routes de la soie, qui comprennent un volet maritime et un autre terrestre, sont un projet pour le siècle. On ne peut ignorer son importance. Ce vaste projet se concentre sur trois domaines : économique, géopolitique et culturel. La Chine veut ainsi marquer son engagement dans la mondialisation sans frontières en assumant son rôle dans le leadership mondial. C’est le projet diplomatique prioritaire du président Xi Jinping qui a renforcé son pouvoir en partie pour assurer la crédibilité politique des routes de la soie. C’est un axe majeur de l’action extérieure chinoise.


UN MOTEUR DE LA CROISSANCE MONDIALE. En d’autres termes, c’est un projet global pour l’Asie, au sein duquel la Chine a pour vocation de répondre aux besoins en infrastructures des pays de l’Asie centrale. En témoigne la création, en 2014, de la banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, dont la Chine est le premier bailleur.

C’est un projet global pour l’Europe également, avec une approche eurasiatique. Et aussi pour l’Afrique. Cela consiste à relier, par le transport et donc par des infrastructures, la Chine à l’Europe et à l’Afrique pour y développer des échanges. La Chine met les moyens afin que des projets concrets structurent l’ambition collective de coopération internationale, ainsi qu’en témoignent les deux cent soixante-dix accords de coopération déjà signés avec quatre- vingt-six pays et organisations. en 2018, près de soixante-cinq États sont parties prenantes du projet. Si ce projet sert la Chine pour atténuer ses surcapacités industrielles, pour internationaliser sa monnaie, pour renforcer son leadership en Asie, c’est aussi une chance pour l’Europe. Cette entreprise de la route de la soie représente huit fois ce que fut le plan Marshall. Elle couvre près d’un quart du commerce mondial et va toucher 63 % de la population mondiale. La Chine a construit près de cinquante-six zones économiques. en 2015, la banque de développement de Chine avait prévu, à elle seule, de débloquer plus de 800 milliards d’euros d’investissements sur neuf cents projets. Lors du sommet sur les nouvelles routes de la soie qui s’est tenu en mai 2017 à Pékin, Xi Jinping a ajouté vouloir investir 113 milliards supplémentaires. Ces chiffres démontrent l’ambition du projet et ne restent pas du domaine de l’intention. La Chine construit pas à pas son projet en travaillant toujours en coopération avec des pays partenaires.

Les ambitions chinoises vont de pair avec une logique de défense du multilatéralisme. Aujourd’hui, la Chine a déjà lancé six corridors, pour un montant de 15 milliards de dollars, avec les pays voisins. Quelques exemples des projets lancés : le Greater Mekong Sub-Region Programme (Kunming-Bangkok, Kunming-Haiphong et Kunming- Kyaukpyu) ; le Nanning-Singapore Economic Corridor ; le corridor Chine-Pakistan ; le chemin de fer Mombasa-Nairobi ; ou encore la section Belgrade-Stara Pazova du chemin de fer Hongrie-Serbie. Le montant investi ne cesse de croître au fur et à mesure que l’initiative prend forme. La Chine cherche ainsi à répondre aux besoins d’infrastructures de l’Asie émergente, une des clés de son développement. Avec de grandes réserves financières, une main-d’œuvre considérable et qualifiée, des entreprises publiques dans le secteur des infrastructures toujours plus puissantes, la Chine dispose de plusieurs atouts pour mener à bien ses objectifs.

Ce projet va devenir un moteur de la croissance mondiale pour le commerce international dans son ensemble. Les routes de la soie doivent être un chemin à deux sens où les européens, bien qu’inquiets et souvent pour des raisons légitimes (réciprocité, règles du commerce international…), ont une place à prendre. Les perspectives économiques sont nombreuses pour eux, notamment en termes de transports et d’infrastructures. 320 milliards d’euros, soit l’équivalent du budget de l’État français, ont déjà été investis en 2016 et 2017 pour construire 2 200 km de voies nouvelles dans l’Ouest et en Asie.

L’Europe a de nombreux atouts pour être le meilleur partenaire de la Chine. Elle a besoin des capacités de financement des Chinois et elle peut valoriser son savoir-faire. Au moment où les États-Unis s’écartent du multilatéralisme, l’Europe a une carte à jouer. L’initiative des routes de la soie est l’occasion pour elle d’affirmer son identité et ses principes : la défense du libre-échange, le refus du protectionnisme, etc.

Hans Dietmar Schweisgut, ambassadeur de l’Union européenne en Chine, a annoncé, le 10 janvier dernier, que l’UE travaillait sur un projet de connexion entre l’Europe et l’Asie dans le cadre du projet des routes de la soie. C’est une bonne nouvelle pour créer un partenariat durable en matière de transport avec la Chine. Articulation entre l’Eurasie et l’Eurafrique, l’Europe occupe une position centrale et géostratégique. Encore faut-il qu’elle soit énergique dans ses projets, ses procédures, ses financements et ses entreprises. Une Europe forte est capable de construire un partenariat équilibré avec la Chine, qui a compris qu’elle avait aussi besoin des autres.

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