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La Grèce : une allégorie européenne ?

parFrançois LAFOND, conseiller Europe de l'institut Jean Lecanuet, enseignant à Sciences-Po

Articles de la revue France Forum

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La Grèce représente, aujourd’hui, le concentré des défis qui sont lancés à l’Union européenne. Trois éléments illustrent ce qui pourrait s’apparenter à une allégorie du projet européen.

Le premier est lié à l’évolution de la zone euro et à la relance économique de la Grèce. Avant la fin de l’année 2016, le gouvernement grec devrait obtenir de ses partenaires européens et de ses principaux créanciers (BCE, FMI et MES), ce que Alexis Tsipras avait promis lors de la campagne électorale de janvier 2015 : une nouvelle restructuration de la dette publique (181,6 % du PIB à la fin de l’année 2016), que tous considèrent impossible à rembourser. Cependant, ce nouvel effort de solidarité européenne, après celui opéré par les créanciers privés en mars 2012, ne signifie pas pour autant que le pays sera tiré d’affaire. Sous la pression des créditeurs, le dernier plan d’aide, accepté le 13 juillet 2015, prévoit la réduction sensible du poids du secteur public avec des privatisations, permettant d’alimenter un fonds destiné à être utilisé pour moitié à la recapitalisation des banques, pour un quart au désendettement et pour le restant aux investissements. Or, les privatisations en cours semblent moins profitables que ce qui était espéré et amènent, parfois, d’autres interrogations, telle la prise de contrôle du port du Pirée par le chinois Cosco et celle potentielle du port de Thessalonique par des investisseurs russes.

Le deuxième élément est relatif à l’espace Schengen et à la gestion du défi migratoire. Après une année 2015 où les vagues migratoires n’ont cessé de se succéder, la fin de l’année 2016 semble trompeuse. Certes, le flux de la « Méditerranée est » se trouve temporairement suspendu au frêle et contesté accord signé le 18 mars 2016 entre le président turc erdogan et l’Union européenne. Avec la route des Balkans « fermée », ce sont plus de 60 000 migrants bloqués en Grèce et sur les îles de Lesbos, Samos, Kos et Chios. Les conditions de vie dans les camps surpeuplés se détériorent et rendent la cohabitation avec les locaux plus difficile. Sans compter que, dans le cadre du plan de réallocation initialement proposé par la Commission européenne en juillet 2015, outre le refus singulier de solidarité des pays du Visegrad, les autres membres n’ont guère brillé par leur enthousiasme, à commencer par la France qui n’a accueilli que 17 % des migrants assignés ! Certes, le corps européen de garde-côtes et de garde-frontières (jusqu’à 1 500 membres, dont 170 français) a été concrètement mis en place en un temps record, mais le gouvernement grec attend toujours les forces vives promises pour l’aider dans les centres d’accueil et d’identification existants.

Or, et c’est le troisième élément, le voisin « ottoman » semble trouver pertinentes les manières diplomatiques utilisées ailleurs. Allant bien au-delà des récurrentes menaces de laisser passer des centaines de milliers de réfugiés/migrants s’il n’obtient pas ce qui lui a été promis, le gouvernement d’Ankara conteste les frontières établies, en 1920, par le traité de Lausanne en revendiquant les cailloux d’Imia ou en s’affranchissant assez régulièrement des espaces aériens ou des eaux territoriales grecs. Si le Parlement européen a voté une résolution demandant l’arrêt des négociations d’adhésion, son soutien au respect de la souveraineté grecque doit être explicite.

On pourrait ajouter à cela les relations historiquement difficiles avec l’ancienne République yougoslave de Macédoine et les conséquences quant à l’adhésion des six pays des Balkans ou le rôle des armateurs grecs, véritable avantage comparatif du pays, mais d’une activité pleinement globalisée, rendant de facto la dimension de l’Union européenne bien insuffisante.

Décidément, la Grèce est toujours une puissante source de réflexion pour le projet européen. 

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