L'apport à la vie politique actuelle

parPierre MEHAIGNERIE, ancien ministre, ancien député, président de Vitré Communauté et maire de Vitré

Articles de la revue France Forum

Gérer un pays, c’est bien ; donner un sens à l’action politique, c’est mieux.

Très jeune, à la maison, dans la ferme familiale, j’entendais parler du Mouvement républicain populaire (MRP) et de la démocratie chrétienne. Les thèmes qui revenaient le plus souvent dans les conversations sont encore d’actualité : l’engagement européen, la bienveillance et la considération à l’égard de l’autre, la recherche d’un meilleur  équilibre entre efficacité économique et justice sociale, l’égalité des chances, l’exigence de vérité dans le débat politique.

S’agissant de l’engagement européen, mon père et mon grand-père, tous deux maires de leur commune, avaient tant de fois annoncé à des familles la mort d’un père ou d’un frère qu’ils ont très vite rejoint ceux qui, comme Robert Schuman, préféraient surmonter les peurs plutôt que de les exploiter. L’exploitation des peurs est courante, et le sera encore plus demain.

Concernant le débat sur l’immigration, le message de l’intégration est préférable à celui de l’assimilation qui est le refus de la culture de l’autre.

Le déficit de considération ressenti par des personnes, des territoires, des pays reste un autre problème politique d’actualité.

J’ai commencé ma vie politique comme ingénieur agronome en Tunisie. J’ai vécu auprès de lycéens la période de la guerre des Six jours entre l’égypte et Israël et j’ai mesuré le poids de leur ressentiment. L’humiliation, qu’elle soit individuelle ou collective, reste la nitroglycérine de la politique. Une paix juste ne pourra passer que par la création de deux Etats, Israël et Palestine.

La considération et le respect de l’autre sont essentiels pour la cohésion sociale. Qu’un membre du gouvernement1 parle de gens « qui fument des clopes et roulent au diesel » en évoquant des citoyens montre qu’il ne mesure pas la conséquence d’un tel propos méprisant.

La promotion sociale et la formation tout au long de la vie ont été au coeur de mouvements de jeunesse comme les jeunesse agricole catholique ( JAC), jeunesse étudiante chrétienne ( JEC) et jeunesse ouvrière chrétienne ( JOC). La démocratie chrétienne et le MRP ont constitué, dans les années 1950 et 1960, de puissants relais au service de l’égalité des chances.

Le philosophe américain John Rawls, dans son ouvrage Théorie de la justice2, différencie les inégalités inefficaces devant être combattues car elles représentent des rentes injustifiées et les inégalités efficaces dont le bien-fondé est de faire progresser l’ensemble de la société.

En France, les problèmes des deux gauches et des deux droites n’ont pas permis, comme chez certains de nos voisins européens, d’associer les familles du centre et de la social-démocratie.

En 1988, le Centre des démocrates sociaux soutenait très souvent les projets de Michel Rocard, Premier ministre, qui n’avait pas de majorité sans le parti communiste. Alors président du groupe centriste à l’Assemblée nationale, je vois encore Michel Rocard venir dans mon bureau et me dire « Pierre, ne me soutiens plus, j’ai trop de problèmes à l’intérieur du parti socialiste ».

Le président Emmanuel Macron essaie de surmonter cet antagonisme préjudiciable à l’intérêt général.

L’action politique ne se réduit pas à la capacité de bien gérer un pays. Il faut aussi, comme le rappelait Antoine de Saint-Exupéry, donner un sens à la vie des hommes.

Je crois que les valeurs qui permettent de mieux vivre ensemble et de répondre aux attentes des familles sont des valeurs à associer plutôt qu’à opposer : la liberté mais pas sans la responsabilité, l’efficacité mais pas sans la justice, l’individu mais pas sans la communauté.

J’aime citer ce témoignage de Xavier Fontanet3 : « Donnez des responsabilités à des gens et vous les changez ; mettez-les en situation d’assistance et ils se comporteront en conséquence. »

La responsabilité de l’individu est au coeur de la réussite du projet politique.

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1. Il s’agit de Benjamin Griveaux, alors porte-parole du gouvernement. (NDLR)
2. Points, 2009.
3. Chef d’entreprise, fils de Joseph Fontanet, homme politique démocrate chrétien qui a été plusieurs fois ministre. (NDLR)

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