Dollar, euro, yuan, bitcoin... La nouvelle guerre des monnaies

France Forum, n° 70, octobre 2018 - Automne

Revue France Forum

Qui se cache donc derrière le mystérieux Satoshi Nakamoto, un Japonais de 40 ans, supposé être l’inventeur de la célèbre cryptomonnaie bitcoin ?

Un physicien d’origine japonaise coulant aujourd’hui des jours heureux dans une villa cossue de Santa Monica ? Un entrepreneur australien de son vrai nom Craig Steven Wright dirigeant l’ensemble du système bitcoin du sous-sol d’un banal pavillon de Melbourne ? Un collectif de geeks illuminés ayant juré jusqu’à leur mort le silence sur leur identité ? Un Oilrik ou un docteur Fu Manchu revisités Web 5.0 ?

Depuis des années, les journalistes d’investigation du monde entier tentent de résoudre l’énigme de l’origine du bitcoin. En vain. Satoshi Nakamoto est devenu l’homme au masque de fer du XXIe siècle. L’idée du bitcoin et des cryptomonnaies n’a rien à la base de très original. Elle a même un petit côté « collier-bar » des premiers Club Med d’Agadir ou de Cefalu : une communauté qui invente sa propre monnaie et en organise l’échange autour du principe de confiance. Toutefois, comme pour l’algorithme, connu dès le Moyen âge, c’est évidemment la révolution numérique, la puissance de feu des calculateurs qui en a changé la nature.

Le bitcoin est clairement à la bonne vieille pièce de monnaie ce que l’iPhone Xs Max est au minitel. Une sorte de monnaie intergalactique. En 2013, Richard Branson a d’ailleurs été l’un des premiers parrains du bitcoin en annonçant que Virgin Galactic allait accepter les bitcoins comme moyen de paiement pour ses vols spatiaux touristiques. Le 17 septembre 2018, son concurrent Musk révélait le nom de son premier client pour un vol spatial habité, un Japonais du nom de Yusaku Maezawa. Ne pourrait-il pas s’agir d’un « hétéronyme » de Nakamoto, futur exilé fiscal sur une planète encore inconnue ?

Ce qui est sûr, c’est l’engouement pour les cryptomonnaies de plus en plus de spéculateurs. Certes, il faut avoir le cœur bien accroché. Le bitcoin monte et descend à coup de plus ou moins 25 % dans la journée. Détenteurs d’un livret A, passez votre chemin ! Notre administration fiscale, toujours à l’affût de quelques recettes, ne s’y est d’ailleurs pas trompée. En décembre 2017, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a rappelé aux contribuables français l’exigence de la déclaration de revenus, dans le cas de plus-values réalisées lors d’opérations en bitcoins. Heureusement pour les bitcoin-eurs et bitcoin-euses, quelques mois plus tard, le Conseil d’État jugeait que les produits tirés par des particuliers de la cession de bitcoins relevaient de la catégorie des plus-values sur biens meubles et non pas des bénéfices non commerciaux. Une belle incitation à investir pour les disciples de Nakamoto.

Franc, euro, dollar ou bitcoin, cela ne paraît pas changer grand-chose pour les plus modestes. Pas si sûr. Une majorité d’adultes à travers le monde ne possède ni compte bancaire, ni chéquier, ni carte de crédit, mais un téléphone portable. Le bitcoin, future monnaie des pauvres ? Sans doute plus vite que prévu.

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