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« La der des der » !

parFrançois LAFOND, conseiller spécial du vice Premier ministre en charge des Affaires européennes de la République de Macédoine du Nord

Articles de la revue France Forum

Depuis des semaines que la Covid-19 infecte la planète, parler du « monde d’après » est sur le point de devenir le marronnier de l’été !

En réalité, bien malin celui qui est en mesure de proposer une photo nette de ce que sera le monde à la fin de l’année 2020. Les États-Unis, décimés comme tant d’autres par le virus, pourraient réaliser combien Donald Trump n’était qu’un dangereux bluff, incapable de prendre la mesure de sa fonction.

Les relations transatlantiques sont durablement affectées. Le multilatéralisme tellement amoché qu’une éventuelle recomposition des principales organisations ne garantit en aucune manière une quelconque efficacité future. Et l’équilibre international que l’on observe en matière climatique, militaire, commercial, migratoire, est à la merci de si peu, que les futurologues et autres prévisionnistes préfèrent être aphones. Un exemple ? Il suffit de scruter comment les relations entre les membres de l’Otan, censée être une alliance d’une trentaine d’États partageant un socle commun de mêmes valeurs démocratiques, en charge de renforcer la sécurité de tous avec le fameux article 5 du traité scellant la défense de chacun de ses membres par tous en cas d’agression, ont évolué depuis un an. En effet, l’alliance a du plomb dans l’aile. La France n’a jamais été le meilleur client du club, et de loin, mais c’est en réalité le tenancier, principal bailleur, qui a lui-même décidé de dynamiter les piliers de la structure, niant même son utilité existentielle. Plus tard, le président français, emmanuel Macron, parlera de « mort cérébrale », formule choc, qui aboutit, en avril 2020, à la mise en place d’un groupe chargé de réfléchir à l’avenir de l’Otan. Voilà du coup une vieille connaissance de la diplomatie française, peu suspecte d’européisme ni d’atlantisme, Hubert Védrine, bombardé membre de ce groupe de réflexion, strictement paritaire et coprésidé par un ancien ministre allemand, Thomas de Maizière, et un américain, Wess Mitchell.

Après une phase de réflexion, puis de consultation, un rapport devrait être délivré à la fin de l’année 2020. Les objectifs ont été clairement affirmés, puisqu’il s’agit de réfléchir au rééquilibrage des efforts des responsabilités entre américains et européens, d’identifier plus précisément le rôle de l’alliance dans une nouvelle architecture de sécurité du continent européen et de redéfinir droits et devoirs de chacun de ses membres.

La crise sanitaire et la « drôle » de guerre qu’il faut encore mener contre cet ennemi invisible et étonnamment meurtrier sur tous les fronts, comme l’identification de nouvelles menaces globales, orienteront les travaux. Or, la perception du futur n’est pas la même si l’on se trouve à Washington (l’obsession chinoise), à Tallinn (encore et toujours la crainte russe) ou à Athènes (l’agressif impérialisme turc). Dans cette nouvelle zone d’inconfort, la défense européenne telle qu’elle a pu se développer depuis trois ans grâce au Brexit offre une élégante et prometteuse occasion à l’Allemagne comme à la France pour préparer, ensemble, la « souveraineté européenne » et l’« autonomie stratégique » de l’europe. La chancelière allemande, Angela Merkel, auréolée de sa bonne gestion de l’épidémie, entamant sa dernière présidence de l’Union européenne, le 1er juillet 2020, devrait aussi constater le départ d’une partie des troupes américaines stationnées sur le sol allemand.

Autant d’éléments pour reconfigurer la sécurité européenne collective. Jamais l’Allemagne n’a semblé aussi essentielle au futur de l’Union, y compris dans le domaine militaire !

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