Le dictionnaire du sens interdit - Bioéthique et Eté Quarante

parAndré LE GALL, écrivain

Articles de la revue France Forum

BIOÉTHIQUE.

Tout d’abord, stigmatisons le sinistre projet de loi dit, par antiphrase, projet de loi bioéthique, adopté par l’Assemblée nationale dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2020.


ÉTÉ QUARANTE (SUITE). 10 mai 1940 : le mouvement du monde connaît une brusque accélération. Le piège fonctionne à plein. Manstein et d’autres l’ont imaginé. Hitler l’a approuvé. Le commandement franco-britannique s’y précipite tête baissée. Envahir la Hollande et la Belgique, y attirer le gros des armées alliées, se ruer à travers les infranchissables Ardennes, débouler en France, foncer vers la mer, enfermer dans la nasse les troupes franco-britanniques coupées de leur base, les capturer, rouler vers Paris, rouler sur la france, franchir la Loire, c’est l’idée. Et l’idée, surgissant soudain des cartes d’état-major, se projette sur le terrain. Et voici Bordeaux, et voici Bayonne. Et cependant, jusqu’au 17 juin, l’armée française se battra durement : près de cent mille morts en un mois de combat. « La guerre, gross malheur ! », s’excusent les feldgrau vainqueurs. Mais la guerre est aussi une grande dramaturgie au sein de laquelle les maîtres de ce monde trouvent le rôle que l’Histoire leur donne, enfin, de jouer. Observez le bonheur qui se lit sur le visage de quelques-uns des officiers de la Wehrmacht à qui le caporal Hitler, devenu chancelier d’Allemagne, vient d’offrir une imprévisible revanche sur 1918. Regardez les chefs d’état-major se congratuler autour de l’Arc de triomphe où ils se sont donné rendez-vous, se saluer les uns les autres avec tout l’apparat qui sied aux généraux d’une armée victorieuse. Ah que la guerre est jolie quand la victoire vient la couronner ! Et qu’en est-il du grand ordonnateur de cette belle kermesse militaire ? Lorsque, le 17 juin, par la voix du maréchal Pétain, la France annonce qu’elle sollicite l’armistice, Hitler, présent à son quartier général de Brûly-de-Pesche, en Belgique, laisse exploser sa joie. La photographie le montre esquissant un pas de danse. Face à ces conquérants à l’allure si martiale, que peuvent les sujets de sa très gracieuse Majesté, nantis de cette musette sûrement très utile, mais si peu seyante, dont on les voit constamment affublés, que peuvent ces soldats hagards, rescapés des sables de Dunkerque ? Cependant, les Allemands auraient dû se méfier un peu de ces gens-là. À leur tête se trouve un aristocrate qui, dans ses moments de confidence, s’est laissé aller à avouer que, la guerre, il l’aime, et passionnément. Odieuse fascination, confie-t-il à son épouse ! Sir Winston Churchill tient qu’il est né pour cette heure incertaine où l’empire britannique vacille sous les coups du Reich allemand. Le tragique de l’Histoire, il aime ça. C’est peut-être ce que Hitler ignore. Le descendant des Marlborough n’ambitionne qu’une chose, le mettre à terre, lui, Hitler, mettre à genoux le vainqueur de la Tchécoslovaquie, de la Pologne, de la Norvège, de la Hollande, de la Belgique et, maintenant, de la France. Le Premier Ministre de Grande-Bretagne sait que le rôle qu’il lui est donné de jouer, c’est le rôle du siècle. Il sait l’heure incertaine, mais, par là même, il la trouve vibrante, solennelle, épique. Idolâtrie de l’Histoire ? Il faudrait sonder les reins et les coeurs. Le bal des maîtres est ouvert. Princes de la politique, chefs d’armées, chefs de section, l’aventure où ils sont entraînés les sort du train-train quotidien et il en est plusieurs parmi eux qui, si on les sollicitait un peu, conviendraient volontiers qu’ils préfèrent la symphonie héroïque à la musique de chambre. Et la Providence ? Lorsque, le 11 décembre 1941, l’Allemagne eut déclaré la guerre aux Etats-Unis d’Amérique, les adversaires du nazisme hitlérien surent que l’ennemi était venu se placer sous leurs pieds.

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