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Un concept à suivre !

parFrançois LAFOND, conseiller spécial du vice Premier ministre en charge des Affaires européennes de la République de Macédoine du Nord

Articles de la revue France Forum

Les dirigeants européens ont peiné ces quatre dernières années à suivre le rythme effréné des tweets de Donald Trump.

L’Arrivée de Joe Biden à la présidence des États-Unis a été saluée dans la plupart des capitales européennes avec soulagement tant les dirigeants européens ont peiné ces quatre dernières années à suivre le rythme effréné des tweets de Donald Trump. Le nationalisme trumpien aura, cependant, permis à certains des partenaires de l’Union européenne de se rendre à l’évidence qu’il fallait revisiter la nature des liens transatlantiques.

C’est pourquoi l’idée d’« autonomie stratégique européenne » circule dans les capitales, qui pour la promouvoir, qui pour la considérer comme une ineptie. Le concept n’a cessé de se préciser, de s’enrichir de nuances et de se fortifier au gré des discussions et des échanges. Si, à paris, ce vocable n’heurte guère les oreilles, il n’en est pas de même à Berlin, à Rome ou à Varsovie. Sans mentionner les froncements de sourcils de Washington ou les ricanements de Moscou. Qu’il s’agisse d’un héritage historique favorisant une culture politico-militaire aseptisée, d’une paresse budgétaire intrinsèque ou d’une claire volonté de ne pas dédoubler ce qui est considéré comme le parapluie historique de la sécurité européenne (l’Otan), ces excuses ont été avancées pour en limiter la réflexion, mais surtout les implications capacitaires éventuelles. Comment ? L’Union européenne souhaiterait décider de sa sécurité par elle-même ? Sérieusement ? Mais avec quels moyens ? Cessez donc de rêvasser puisque le hard power ne se trouve pas de ce côté de l’Atlantique !

Pourtant, le président français, Emmanuel Macron, tient le cap. Déjà lors de la campagne de 2017, il envisageait l’Union européenne comme l’échelon idoine pour se réapproprier des oripeaux de la « souveraineté », notion cardinale des états, dorénavant mère de toutes les batailles électorales. Ses discours de politique étrangère, à partir de celui délivré à la Sorbonne qui lui sert de vade-mecum, auront décliné cette notion, remplacée, selon les lieux ou les interlocuteurs, par « liberté d’action européenne », « capacité d’action autonome  » ou plus systématiquement « souveraineté européenne ». Qu’il s’agisse de défense, de monnaie, de changement climatique, de capacité de production industrielle, de technologie numérique ou de migration, les frontières nationales seraient de nouvelles lignes Maginot qu’il serait irresponsable de considérer en l’état pertinentes.

La soudaine crise sanitaire, les carences à répétition constatées depuis un an (masques, médicaments, vaccins), l’omniprésence des outils numériques américains ne font qu’accélérer la prise de conscience au sein de l’Union européenne d’une infantilisation croissante dans un monde toujours plus dominé par les autres. Démographiquement, technologiquement, économiquement, industriellement, climatiquement, les nations européennes réalisent que leurs voix portent de moins en moins loin et n’ont donc plus guère d’impact. D’autant plus qu’elles persistent à être discordantes. L’arrivée d’un cultivé patriarche américain n’y changera pas grand-chose. L’autonomie stratégique européenne n’est pas une nouvelle lubie présidentielle ou même française, mais part du constat lucide que l’Union européenne a bien besoin, pour exister, d’une nouvelle boussole et de politiques communautaires étoffées. La présidence française de l’Union européenne au premier semestre 2022 a de quoi faire  pour en persuader ses partenaires !

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