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De la violence spirituelle infligée aux femmes

parHélène PICHON, directrice des relations avec les institutions du Centre d’étude et de prospective stratégique (CEPS), co-fondatrice de Toutes apôtres !

Articles de la revue France Forum

A quand le retour du féminin sacré ?

Le 25 novembre est la journée internationale pour l’élimination des violences faites à l’égard des femmes. Cette violence, si extraordinairement ancrée dans les sociétés humaines, est entrée totalement dans l’inconscient collectif. Et pourtant, elle s’exerce dans une dimension si majeure pour l’humanité : sa dimension spirituelle.

Venir à bout de cette violence religieuse qui consiste à empêcher les femmes d’accéder au leadership dans leurs familles spirituelles est une véritable urgence. Nous ne pourrons jamais parvenir à éliminer toutes les violences faites aux femmes sans réaliser d’abord et avant tout la transformation nécessaire de nos sociétés humaines grâce à la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes, avant tout et y compris dans le leadership spirituel de toutes les familles spirituelles.

Il s’agit bien, en effet, de révéler une nouvelle anatomie du Créateur et de la création, impossible à découvrir sans que les femmes recouvrent leur pleine aptitude à déployer leur identité et leur leadership spirituel aussi. C’est seulement au travers du regard des femmes porté sur les écritures saintes, complémentaire de celui porté par les hommes, de quelque tradition spirituelle que ce soit, que les textes pourront révéler toute leur dimension et leur plein message.

Cette confiscation de la parole divine par les seuls hommes constitue une vraie violence : ce rapt engendre un appauvrissement et assied une fois encore la domination masculine sur la gente féminine. Une domination qui n’a rien de divin, et rien d’acceptable, comme toute domination !


DES RAISONNEMENTS FAUSSÉS. Découle de ce violent sexisme spirituel toutes sortes de raisonnements faussés sur la conception même de la nature humaine et de sa transition terrestre. Par cette masculinisation du sacré, différentes religions s’arrogent ainsi le droit de censurer, ou de dénier dans certains cas, la sexualité des hommes et des femmes qui incarnent la spiritualité. Cela constitue en soi une extrême violence : elle condamne l’humanité à diverses formes de souffrance et de perversion. Dans le prolongement de ce déni de la sexualité sacrée de l’humanité, diverses familles spirituelles continuent de condamner et de stigmatiser l’homosexualité. Monseigneur Desmond Tutu, fort heureusement et de façon entièrement éclairée par la raison et la sagesse, a rappelé que « si le paradis était un lieu où régnait l’homophobie, il préférait aller en enfer », cette  déclaration l’honore plus que toute autre. Être dans le déni de la sexualité sacrée humaine, c’est être dans le déni d’une des plus importantes dimensions de l’amour et donc, par essence même, de la divinité. Car « Dieu est amour » et cela, toutes les familles spirituelles s’accordent pour le proclamer.

De même, condamner ceux qui proclament la parole de Dieu et dispensent Ses sacrements à être chastes et célibataires ne semble relever d’aucun bon sens. En découlent ces tristes misères de frustrations sexuelles qui engendrent hélas des souffrances, des solitudes intenses, des violences et, parfois, des vies affectives et sexuelles entièrement déstructurées et malheureuses. Les langues progressivement se délient, après des siècles de silence. On pointe du doigt les coupables, mais quand aura-t-on le courage et l’humilité de tout simplement reconnaître que l’état de célibat et de chasteté ne peut correspondre qu’à une infime proportion de l’humanité et qu’en aucun cas cette condition de mutilation de notre humanité n’est nécessaire à la consécration d’une vie au service d’une communauté, au service d’une parole divine, à la propagation d’un message sacré ?

Seul le retour du féminin sacré permettra de retrouver l’équilibre dans l’église catholique. Les études sérieuses effectuées par Richard Sipe, mises en lumière par le puissant film Spotlight qui relate l’enquête menée par le Boston Globe, sont sans appel : 6 % des prêtres sont pédophiles, 50 % des prêtres ont une vie sexuelle secrète cachée, souvent immature ; chiffres confirmés, en 2021, par le rapport de Jean-Marc Sauvé à la suite des travaux conduits par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église.

Lorsque toutes les familles spirituelles accepteront de reconnaître que l’être humain, homme et femme, est un être sacré sexué qui se grandit dans une sexualité épanouie et assumée sereinement et librement, l’humanité aura fait un pas de géant et la spiritualité de l’humanité aussi.

Il est bien louable d’avoir inscrit dans la charte des Nations unies que chaque peuple a le droit de disposer de lui-même quand, dans tant de ses pays signataires, des religions nient encore et toujours ce droit élémentaire à disposer de soi-même à chaque femme. Le droit reconnu à un état ne serait pas celui reconnu à un être humain parce qu’il est féminin ?

Ainsi en va-t-il des droits à l’héritage, au mariage ou au divorce tels qu’envisagés par plusieurs religions, où une fois encore la femme ne serait pas l’égale de l’homme, l’homme serait son supérieur et son législateur ! Dans la tradition judaïque, la femme doit encore attendre que son mari accepte de lui rendre sa liberté pour pouvoir être divorcée.

Ainsi, de la confiscation de la parole divine découle la confiscation du pouvoir de légiférer, d’ordonner, de concevoir et de régler les rapports politiques, sociaux, familiaux, voire intimes : autant de violences faites aux femmes qu’il y a urgence à éliminer. Combien de personnes de tradition musulmane redoutent et regrettent la régression du statut de la femme ? Régression basée sur des interprétations « fondamentalistes », totalement rétrogrades et donc entièrement sexistes de leur religion ?

Combien de personnes de tradition catholique observent la désertification de leurs églises et la duplicité de l’église entre ouverture médiatique au monde et repli sur soi face à l’appel des femmes à l’égalité spirituelle ? Et comment ne pas comprendre ou voir que de l’injustice du traitement de la femme par les religions naissent des souffrances entièrement injustes et injustifiées pour toute l’humanité ?

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