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Mémoires bulgares

parJérôme BESNARD

Articles de la revue France Forum

La presse a peu parlé des mémoires du roi de Bulgarie rédigées avec l’aide d’un Français spécialiste des chrétiens d’Orient, l’écrivain et journaliste Sébastien de Courtois.

C’est fort dommage. Avec le roi Michel de Roumanie, Siméon II est le seul chef d’État de la seconde Guerre mondiale encore en vie. Aujourd’hui âgé de 78 ans, ce grand Européen inclinant vers le libéralisme et la démocratie-chrétienne a régné, enfant, à Sofia entre 1943 et 1946. Après cinquante ans d’exil, il est revenu au pouvoir en 2001 dans ce pays de 7 millions d’habitants, cette fois comme Premier ministre, le temps d’une législature. siméon de Saxe-Cobourg et Gotha possède un bon nombre d’ascendants français dont les rois Louis-Philippe et Charles X. Ces mémoires se révèlent passionnants, agréablement rédigés, ce qui devient rare.

Son père, le tsar des Bulgares Boris III, est mort d’une angine de poitrine le 28 août 1943, en plein conflit mondial. Sa mère, Jeanne de Savoie, était la fille du roi d’Italie Victor-Emmanuel III. Siméon a 6 ans lorsqu’il monte sur le trône. La Bulgarie est alors, contrainte et forcée, alliée de l’Allemagne hitlérienne. Malgré sa déclaration de guerre à l’Allemagne en septembre 1944, la petite Bulgarie doit subir l’invasion de l’ogre soviétique. L’oncle de Siméon, le prince régent Kyril, est fusillé en 1945 par les communistes après un simulacre de procès. Le 8 septembre 1946, après un plébiscite truqué, la monarchie est abolie en Bulgarie. s’ouvre alors le temps de l’exil pour les survivants de la famille royale bulgare groupés autour de la reine Jeanne. En Égypte, à Alexandrie, tout d’abord, jusqu’en 1951. Le jeune Siméon y eut pour condisciple le futur roi Hussein de Jordanie. Ensuite, en Espagne, à Madrid, où il étudia au lycée français. En 1955, c’est dans la capitale espagnole qu’il prononça, à l’occasion de son 18e anniversaire, son Manifeste de Madrid, réaffirmant ses droits sur le trône bulgare et dénonçant le « régime antinational, imposé par la volonté et à l’aide d’un conquérant étranger » à l’oeuvre dans son pays.

Il fallut attendre 1996 pour que Siméon puisse revenir dans son pays natal, sept ans après la chute du mur de Berlin. L’accueil fut triomphal. En 2001, il crée une coalition électorale pour les élections législatives, le Mouvement national Siméon II, classé au centre droit, qui remporte le scrutin du 17 juin avec 43 % des voix et 119 sièges sur 240. En 2004, il fait entrer la Bulgarie dans l’Otan et prépare celle dans l’union européenne, qui adviendra en 2007, après son départ du pouvoir. En 2005, c’est la gauche qui gagne les élections présidentielles et siméon décide de démissionner même si son mouvement fait partie de la nouvelle coalition au pouvoir jusqu’en 2009.

La monarchie bulgare n’a pas été rétablie. Pour autant, Siméon de Bulgarie, homme discret mais tenace, continue d’exercer un magistère moral de premier plan. Depuis 2001, il a fixé sa résidence au palais de Vrana, situé en périphérie de Sofia, sa ville natale. Sa trajectoire politique est une preuve qu’il n’existe pas de sens de l’Histoire. 

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