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La Roumanie, entre Orient et Occident

parJérôme BESNARD

Articles de la revue France Forum

Depuis le 1er janvier 2019, la Roumanie assure la présidence tournante de l’Union européenne (UE)

Depuis le 1er janvier 2019, la Roumanie assure la présidence tournante de l’Union européenne (UE). Félicitons-nous que ce pays latin de près de 20 millions d’habitants ait endossé pleinement les responsabilités auxquelles il aspirait en intégrant l’Union européenne, en 2007. Une entrée dans l’UE à laquelle a beaucoup œuvré le dirigeant démocrate-chrétien Alexandre Herlea, ministre de l’Intégration européenne de Roumanie entre 1996 et 1999. Cet ancien dissident anticommuniste dirige, aujourd’hui, la Maison roumaine, fondée en 1982 à Paris, société savante qui œuvre au rapprochement entre les deux pays. La présidence roumaine de l’UE s’accompagne d’une saison culturelle franco-roumaine qui bat actuellement son plein et rencontre un beau succès. Lancée à Paris à l’automne dernier, elle va se prolonger à Bucarest jusqu’à l’été.

Malheureusement, ce beau tableau est entaché par les polémiques entretenues autour de la loi d’amnistie que souhaite faire voter le gouvernement roumain, actuellement aux mains d’une majorité dirigée par le PSD, parti social-démocrate héritier de l’ancien Parti communiste roumain. Sans entrer dans les arcanes de cette affaire, on peut déplorer qu’elle prolonge une contestation qui agite le pays depuis l’an dernier, parfois au prix de manifestations violentes. Précisons que la Roumanie connaît une période de cohabitation puisque le président, Klaus Iohannis, élu au suffrage universel direct en 2014, est un libéral de centre droit, issu de la minorité allemande. Les manifestations se sont calmées, mais comme le dit, non sans humour, Théodore Paléologue, l’ancien ministre conservateur de la Culture passé par l’ENS Ulm : « Avec les Roumains, vous devez toujours rester prudent, vous ne savez pas quand la mamaliga va exploser. » La mamaliga, ce n’est autre que le plat national  : de la bouillie de farine de maïs.

Dans la ligne de mire de la droite roumaine, figure principalement l’influent président du PSD, Liviu Dragnea, qui, faute d’avoir pu devenir légalement Premier ministre, est resté président de la Chambre des députés. Il s’oppose actuellement avec force à la nomination d’une magistrate roumaine, Laura Kövesi, comme procureur européen. Elle est soutenue par l’Allemagne et la grande majorité du PPE face au candidat français, Jean-François Bonhert.

Parmi les principales voix de l’opposition figure une Franco-Roumaine, Clotilde Armand, élue du 1er secteur de Bucarest et vice-présidente du parti USR (centre droit), qui figure en position éligible sur la liste de la coalition anti-corruption pour les élections européennes. Il s’agit là d’une personnalité qui semble promise à un bel avenir lorsque le pays aura retrouvé une certaine sérénité.

L’année 2019 sera décidément riche en événements pour la Roumanie puisque le pape François a annoncé sa venue à Bucarest, Iassy et Blaj, du 31 mai au 2 juin, pour aller notamment à la rencontre des communautés romano-catholique et gréco-catholique, minoritaires dans ce pays de tradition orthodoxe. Malgré cette appartenance à l’aire religieuse orthodoxe, la méfiance envers Moscou demeure de mise, trente ans après la chute de Nicolae Ceausescu. Il ne faut jamais oublier que l’émancipation et l’indépendance de la Roumanie, ce « carrefour des empires morts », selon l’expression du journaliste Lucien Romier, qui se sont affirmées aux XIXe et XXe siècles, l’ont été de la Russie et de l’Autriche-Hongrie plus encore que de la Turquie ottomane. Celle-ci avait renoncé depuis longtemps à administrer les provinces de Moldavie et de Valachie, confiées dès le XVIIe siècle aux bons soins de familles grecques d’Istanbul. De quoi nous rappeler que la Roumanie doit toujours se comprendre « entre orient et occident », comme le disait l’historien Neagu Djuvara.

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