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France-Allemagne : encore barycentre de l’Union ?

parFrançois LAFOND, conseiller spécial du vice Premier ministre en charge des Affaires européennes de la République de Macédoine du Nord

Articles de la revue France Forum

 Peut-on parler de la construction européenne sans mentionner l’expression « couple franco -allemand » ?

Peut-on parler de la construction européenne sans mentionner l’expression « couple franco -allemand » ? Inutile d’en faire l’historique, de mentionner les binômes d’hommes et de femmes politiques de part et d’autre du Rhin, car la situation actuelle n’est guère réjouissante. Certes, un nouveau « traité entre la République française et la République fédérale d’Allemagne sur la coopération et l’intégration franco-allemandes » a été scellé, à Aix-la-Chapelle, en janvier dernier, pour relustrer celui de janvier 1963. On notera néanmoins que le Sénat français avait signifié que ce nouveau traité n’était pas forcément nécessaire, l’essentiel étant ailleurs. Autre initiative récente, une nouvelle « Assemblée parlementaire franco-allemande » composée de cent parlementaires, qui devrait siéger deux fois par an, est installée depuis le 25 mars 2019. De cette initiative, pourrait émerger un futur prometteur pour le renforcement de la collaboration parlementaire et une meilleure coordination dans tous les secteurs, allant jusqu’à la co-rédaction de projets de loi. Seul le temps dira si cette nouvelle initiative deviendra un succès comme l’est devenu, cahin-caha, l’office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) ou s’il s’agira d’une initiative quelque peu élitiste et sans impact majeur, comme l’est la chaîne de télévision Arte.

En dépit de ces deux initiatives, la situation du couple franco-allemand est préoccupante. Il n’est pas encore question de divorce, car l’on sait que le contexte ne le permettrait guère et qu’il n’y a finalement pas d’autre choix. Mais les deux pays ne semblent plus parler la même langue, ne cherchant même pas à s’écouter ou à faire un pas l’un vers l’autre. La recherche de compromis, que d’autres partenaires (longtemps, l’Italie a joué ce rôle) pouvaient éventuellement suggérer, apparaît plus que jamais difficile à trouver. On assiste à une longue phase de repositionnement depuis que la France s’est choisi un président de la République « naïvement » pro-européen, Emmanuel Macron, et que la chancelière allemande, Angela Merkel, se demande encore comment terminer son dernier mandat avec un Bundestag moins aseptisé. Pour preuve, même la déclaration de Meseberg de juin 2018, intitulée « Renouveler les promesses de l’Europe en matière de sécurité et de prospérité », ressemble finalement à une belle collection de volontés de l’un comme de l’autre mais qui peine à se concrétiser. Du côté français, l’objectif (depuis des années) est de mettre en place un budget consistant de la zone euro, défini sur une base pluriannuelle, avec des ressources provenant de contributions nationales, de recettes fiscales et de ressources européennes, puis un Fonds européen de stabilisation de l’assurance chômage, et de compléter l’Union bancaire avec une garantie européenne des dépôts. Du côté allemand, on continue de refuser de parler d’« autonomie stratégique » de l’Europe, tout en voyant d’un bon œil la possibilité de dépasser le principe de l’unanimité dans les domaines de la politique étrangère et de la sécurité commune ou de partager un siège « européen » au Conseil de sécurité des Nations unies…

Enfin, si le discours de la Sorbonne, en septembre 2017, n’avait guère suscité de réaction à Berlin, le lancement de la campagne électorale européenne par la parution, dans une vingtaine de journaux européens, le 4 mars 2019, d’une tribune de Emmanuel Macron a permis à la nouvelle leader de la CDU, Annegret Kramp Karrenbauer, possible future chancelière, de répliquer prestement : « Faisons l’Europe comme il faut. » En d’autres termes, pas comme celle proposée par Emmanuel Macron. Le moteur est bien grippé. L’Union européenne ne peut qu’en pâtir. Et de se demander s’il existe un fortifiant capable de redynamiser l’indispensable barycentre de l’Europe !

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