NOTE DE LECTURE - PANORAMA

Autant en emporte le choix

parJérôme BESNARD

Articles de la revue France Forum

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Rédacteur en chef de l’hebdomadaire toulousain L’Opinion indépendante et collaborateur régulier des pages littéraires du Figaro, le romancier Christian Authier, jadis récompensé par le prix Roger Nimier, vient de publier un dictionnaire amoureux de la littérature française contemporaine. Nous placerons d’entrée ce livre dans la lignée de celui d’un autre romancier toulousain (d’adoption, il est vrai), Kléber Haedens, auteur, en 1943, d’une Histoire de la littérature française, complétée en 1967. Pour Authier, comme pour Haedens, la littérature est avant tout une source de plaisir et la critique, un acte de piété filiale : « Ce livre est une façon de payer nos dettes, de revendiquer nos admirations, de rendre hommage. »

Par contemporains, il faut, ici, entendre ceux qui sont entrés dans la carrière littéraire à partir de la Libération, ce qui permet à Christian Authier d’honorer la mémoire de Jacques Perret, de José Cabanis, de Roger Nimier, de Félicien Marceau, de Michel Mohrt et, bien sûr, de Antoine Blondin : « Celui qui vivait son passé au présent savait dessiner nos bonheurs à la dérive et nos deuils ensoleillés avec des mots qui apaisent et qui serrent le coeur. » De cette époque épique, hussarde et buissonnière, seuls Michel Déon (Les Poneys sauvages) et Jean Raspail (Le Camp des Saints) peuvent encore témoigner.

Parmi nos contemporains, Christian Authier ne fait pas mystère de son admiration pour l’oeuvre de Michel Houellebecq, à qui il consacre 9 pages, mais aussi de celle qu’il porte à notre récent prix Nobel de littérature : « Tous les grands livres de Modiano distillent leurs sortilèges, leur climat et leur géographie intime par une écriture souple, féline, lapidaire, lumineuse, qui cerne les visages tremblants d’une humanité tellement émouvante. » Là où ce livre fera date, c’est par son exploration des francs-tireurs de la littérature française d’aujourd‘hui, de Jérôme Leroy à Sébastien Lapaque, en passant par Olivier Maulin, Mathieu Jung, Stéphane Guibourgé, François Taillandier, Dominique Noguez, Pierre-Louis Basse ou Jean-Marc Parisis. Voici une constellation inclassable qui partage le goût des lettres et du nonconformisme. Dans leurs eaux naviguait aussi le regretté Frédéric H. Fajardie, auteur lucide et désespéré à la fois, capable de proclamer sans ciller : « Notre résistance ne servira à rien, c’est toute la beauté de la chose. »

Des oublis dans ce dictionnaire ? Il y en a peu, et l’on sait que l’exercice est toujours subjectif. on avancera les noms d’ADG, de Philippe Le Guillou, de Richard Millet et de Philippe Muray. Des désaccords ? Ils sont rares. Nous n’aurions peut-être pas retenu Charles Dantzig ou Anna gavalda. peu importe, tant la sensibilité qui émane de ce dictionnaire fait transparaître l’amour des mots, l’absence de préjugés, le sens de l’amitié et la liberté de ton d’un critique rétif aux modes et réceptif au bonheur.


Dictionnaire chic de littérature française, de Christian Authier, Écriture, 2015, 22 € 

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