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Turquie, pour un nouveau partenariat stratégique

parFrançois LAFOND, conseiller spécial du vice Premier ministre en charge des Affaires européennes de la République de Macédoine du Nord

Articles de la revue France Forum

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La Turquie est un partenaire plus que jamais fondamental pour l’Union européenne (UE). La crise migratoire que vit notre continent européen de façon aiguë depuis l’été 2015 ne fait que révéler au grand jour, une fois encore, l’importance stratégique de ce pays de 78 millions d’habitants. Depuis longtemps déjà, les États-Unis n’ont eu de cesse, au-delà de son adhésion au sein de l’Otan en 1952, de le rappeler en insistant pour son adhésion à l’UE. Car ce pays est bien au carrefour de questions essentielles qui agitent l’UE, dans les domaines sécuritaire, énergétique, migratoire, militaire, confessionnel et démographique. Porte sur l’Asie et le Proche-Orient, la Turquie joue un rôle important dans l’équation de la sécurité et de la stabilité du continent européen.

La large victoire du parti de la justice et du développement (AKP), en novembre 2015, avec une participation de 85 %, ouvre une nouvelle période que les États membres de l’UE continueront d’observer attentivement. Il est ainsi probable que le projet de réforme constitutionnelle pour transformer le pays en une république présidentielle devienne un enjeu politique majeur. Or, les intentions du président Erdogan suscitent plus de crainte que d’espoir quant à un rapprochement du pays avec les valeurs et les standards de l’UE.

Le projet mis en avant de la « nouvelle Turquie », forme de renouveau ottoman, colle de ce fait mal avec la philosophie même du projet européen, basée sur le dépassement de la souveraineté nationale pour élaborer une constellation de structures européennes, fruits du partage, voire du transfert, de souveraineté. D’un point de vue historique, l’invasion de la partie nord de Chypre, en 1974, demeure encore si vive dans l’esprit des Chypriotes qu’ils sont peu enclins à ne pas utiliser leur veto.

D’autres éléments internes à la situation actuelle de la Turquie sont également relevés comme freins rédhibitoires à une adhésion à l’UE. Ainsi, l’ambiguïté du pouvoir turc face aux mouvements islamistes, et face à Daesh plus récemment, se traduit par une porosité lucrative de sa frontière de 900 km avec la Syrie. Par ailleurs, le dernier rapport de la Commission européenne, publié en novembre 2015, relève une évolution négative en matière de respect des droits fondamentaux et de l’État de droit, qu’il s’agisse du fonctionnement de la justice, de la liberté d’expression et de la liberté de se réunir, comme de la « sévère détérioration » de la sécurité, et pas uniquement pour les minorités kurdes.

On le constate, les obstacles à l’adhésion de la Turquie sont de différents ordres et ce, en dépit de la poursuite des négociations dans les quatorze chapitres ouverts sur les trente-cinq. L’UE (et les opinions publiques) est-elle prête à accueillir au sein du Parlement européen quelque 90 nouveaux députés turcs, plus de mille fonctionnaires turcs à la Commission et des centaines d’autres dans les différentes institutions ? Et à accepter qu’une partie du budget dédié à la cohésion pour la croissance et l’emploi soit de facto dirigée vers les régions les plus pauvres de la Turquie, puisque un tiers du faible budget communautaire est dédié à la solidarité et à des efforts de convergence ?

L’ambiguïté de nos dirigeants français et européens envers la Turquie n’a cessé d’alimenter une défiance réciproque et des incompréhensions durables. Il est temps de proposer un nouveau partenariat stratégique à la Turquie, dans le cadre d’une politique de voisinage revigorée. Les gouvernements et les institutions européennes doivent en finir avec les atermoiements et la conditionnalité. La clarté est aujourd’hui vitale au projet européen.

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